L'amateur hermétique ou plutôt l'amateur d'hermétisme. Une profession de foi en quelque sorte à laquelle le musicien (ou plutôt le performeur ? le sculpteur sonore ?) Ronnie Sundin emprunte son titre comme un second patronyme. Rarement en effet un album aura aussi bien porté son nom dans un genre musical post-ambient où le dépouillement monolithique et le repli sur des formes sonores microbiennes, sont devenues d'estimées valeurs refuges. Dans cette logique isolationniste forte, dans ce souci d'hermétisme poignant, Ronnie Sundin a donc choisi de travailler à contre-poil l'organe qui nous permet, généralement, de communiquer à bon escient, à savoir la voix. Inutile cependant de chercher ici une quelconque tonalité vocale connue. Travaillée, retravaillée, imprégnée de couches sonores bruissantes et grésillantes, la voix de Ronnie Sundin se mue au fil de ces 41 minutes d'expectation en une étrange alchimie, en une espèce de langage d'insecte paraissant capté par d'infinis capteurs au plus profond des entrailles de la terre. Mais à la différence des exercices de drones « classiques », Ronnie Sundin ne cherche pas l'accoutumance dans l'écoute prolongée. En permanence, le son change, vrille, charrié par un univers organique de plus en plus chaotique, qui finalement échappe à l'auditeur pour le laisser pantois, isolé à son tour dans un contexte cryptique avec une intrigante sensation de vertige. Une impression qui se renforce au rythme du lent défilement d'un disque aux contours des plus occultes. Pour les amateurs d'hermétisme éclairé, cela va sans dire.
